17 avril 2020

Intimité et connexion


Cette semaine, je m’interroge sur les relations interpersonnelles en contexte de confinement et de surabondance numérique.

L’Internet est un immense lieu invisible, une tribune exponentielle, une gigantesque place publique instantanée. Elle a le pouvoir de réunir des millions d’usagers, issus des quatre coins de la planète, dans un même lieu et au même moment. Aucune grande place historique ne peut en faire autant. La toile s’avère être un précieux outil lorsque l’on parle de mobilisation et de dénonciation. Nous donnant une impression de proximité avec les autres, elle se révèle un instrument indéniable dans la création de groupes et communautés.

Ce qui devient vicieux avec cette grande place publique, c’est que nous pouvons voir sans être vu et voir sans y être. L’usager peut observer quelque chose qui se produit dans un espace où il n’habite pas et où il n’a même jamais mis les pieds. Le profil est présent au-delà de la présence de l’usager.

Nous sommes tous anonymes au moins une fois par jour en errant sur Internet.





Il semblerait aussi que la barrière de l’écran incite à en dévoiler davantage, puisqu’au moment de publier nous sommes seuls, à l’abri des regards. Le public semble être absent, invisible, très loin. Il en vient alors une surexposition de nos espaces privés. Est-ce que l’intime n’acquiert sa pleine consistance qu’exposé aux yeux de tous? Il semblerait que nous soyons victimes de cette tendance. Je m’intéresse ainsi au rapport entre l’espace Web et celui dans lequel nous vivons. Comment l’un vient influencer l’autre? Comment le flux internet vient changer notre rapport au monde réel?

À l’ère ou le profil confirme la réalité, j’ai l’impression que nous en sommes venus à jouer le rôle de notre propre Intimité et de nos propres quotidiens. La vie privée devient contextuelle et mise en scène. La photo de mon pain au chocolat a été prise 45 fois avant que je la publie sur Instagram. Nous sommes victimes d’une érotisation de l’intime par les réseaux sociaux, les multiprésences en ligne et la superficialisation des relations par la collecte du J’aime.




«La pornographie naît lorsque quelqu’un qui habite un espace donné voit quelque chose appartenant à un autre espace» — Marcello Vitali Rosati


Cette semaine j’ai donc voulu imager la simultanéité des lieux et le hors-champ de nos quotidiens, de nos selfies pour montrer quelques vérités de notre condition numérique. J’ai aussi utilisé la symbolique de la pornographie pour m’intéresser au thème de l’intimité et de l’érotisation de nos vies privées.